1. Pourquoi le Cercle des Solidarités existe
Une organisation peut prévoir beaucoup de choses.
Des tâches.
Des responsabilités.
Des stocks.
Des formations.
Des remplacements.
Mais la vie produit toujours des situations qui échappent aux prévisions.
Maladie.
Accident.
Deuil.
Fatigue.
Handicap.
Vieillissement.
Conflit familial.
Naissance.
Isolement.
Perte momentanée de capacité.
Le Cercle des Solidarités existe pour empêcher qu’une personne soit abandonnée simplement parce que son problème n’entre pas dans le fonctionnement ordinaire.
2. La solidarité n’est pas une faveur
Aider quelqu’un ne doit pas dépendre de sa popularité.
Ni de l’affection que lui portent les autres.
Ni du fait qu’il ait beaucoup donné auparavant.
La solidarité doit pouvoir exister parce qu’une personne fait partie de la communauté.
Cela ne signifie pas que tout est dû sans limite.
Mais cela signifie qu’une difficulté réelle doit être regardée.
3. Ne pas humilier celui qui a besoin d’aide
Demander de l’aide peut être difficile.
Surtout pour quelqu’un qui a toujours été autonome.
Le Village doit donc éviter de créer une relation dans laquelle la personne aidée devient une personne inférieure.
Recevoir aujourd’hui ne signifie pas être incapable demain.
Et celui qui aide aujourd’hui peut avoir besoin d’aide à son tour plus tard.
La solidarité n’installe pas une hiérarchie entre les forts et les faibles.
Elle reconnaît que les positions changent au cours d’une vie.
4. Comprendre avant d’agir
Une personne qui cesse de faire ce qu’elle faisait peut avoir de nombreuses raisons.
Douleur.
Dépression.
Épuisement.
Difficulté familiale.
Mauvaise affectation.
Conflit.
Problème de santé.
Le Cercle ne doit pas immédiatement conclure :
« Elle ne fait plus sa part. »
Il doit d’abord essayer de comprendre.
5. La solidarité peut être temporaire
Quelqu’un se casse une jambe.
Il ne peut plus effectuer son travail pendant trois mois.
Le Village peut alors :
réaffecter ses tâches ;
lui proposer une activité différente ;
organiser son transport ;
adapter son logement.
Puis la situation revient progressivement à la normale.
Beaucoup de solidarités seront probablement de cette nature.
6. Elle peut aussi devenir durable
Certaines personnes ne retrouveront jamais leur capacité précédente.
Maladie chronique.
Handicap.
Vieillissement.
Le Village doit alors adapter son organisation dans la durée.
Il ne s’agit pas simplement de « patienter jusqu’à ce que cela passe ».
Il faut construire une nouvelle manière de vivre avec la situation.
7. Trouver ce que la personne peut encore apporter
La solidarité ne doit pas automatiquement transformer quelqu’un en bénéficiaire passif.
Une personne qui ne peut plus porter peut enseigner.
Quelqu’un qui se déplace difficilement peut accomplir une activité assise.
Une personne âgée peut transmettre.
L’objectif n’est pas de forcer chacun à produire.
Il est de permettre, lorsque cela est possible, de continuer à participer à la vie commune.
8. Mais accepter aussi que parfois, il n’y ait rien à demander
Un enfant très jeune.
Une personne très malade.
Quelqu’un en fin de vie.
Il faut aussi pouvoir dire :
« Pour l’instant, ta place est simplement d’être avec nous. »
Une société réellement humaine doit accepter des moments où une personne reçoit beaucoup plus qu’elle ne peut donner.
9. La famille
Dans de nombreuses situations, la famille sera la première source d’aide.
Mais elle ne doit pas être laissée seule.
Une famille qui prend soin d’une personne dépendante peut s’épuiser.
Le Village doit alors regarder aussi ceux qui aident.
La solidarité peut concerner simultanément la personne fragile et ceux qui l’accompagnent.
10. Les aidants
Être auprès d’une personne malade ou dépendante peut devenir une charge énorme.
Temps.
Fatigue.
Sommeil.
Émotions.
Le Cercle doit pouvoir organiser des relais.
Sinon, une difficulté produit progressivement plusieurs personnes épuisées.
11. Les enfants
La naissance d’un enfant change profondément la disponibilité de ses parents.
Le Village doit l’intégrer naturellement.
Une jeune mère ou un jeune père ne devrait pas devoir choisir entre prendre soin de son enfant et « remplir son quota ».
La communauté bénéficie elle-même de l’arrivée des générations suivantes.
Elle doit donc partager une partie de cette charge.
12. Les personnes âgées
Vieillir produit souvent une perte progressive de certaines capacités.
Mais aussi une augmentation de certaines autres :
expérience ;
mémoire ;
patience ;
connaissance des personnes.
Le Cercle des Solidarités doit aider à adapter progressivement la place de chacun sans provoquer une rupture brutale entre « utile » et « dépendant ».
13. L’isolement
Une personne peut techniquement ne manquer de rien et pourtant devenir profondément seule.
La solidarité concerne aussi cela.
Quelqu’un qui ne participe plus.
Qui ne parle presque plus.
Qui mange toujours seul.
Ces signes peuvent annoncer une souffrance réelle.
La communauté doit pouvoir les voir.
14. La santé mentale
Les difficultés psychologiques existeront comme aujourd’hui.
Et peut-être davantage en période de crise.
Dépression.
Traumatismes.
Anxiété.
Troubles du comportement.
Le Cercle ne doit pas se transformer en service psychiatrique improvisé.
Mais il doit pouvoir détecter qu’une personne souffre et chercher les aides adaptées.
15. Le deuil
Dans un Village de cinq cents personnes, les morts feront partie de la vie commune.
Accompagner le deuil ne peut pas être uniquement une affaire privée.
Une personne peut avoir besoin :
de temps ;
de présence ;
d’un allègement temporaire de ses obligations ;
d’aide pour sa famille.
Le Village doit savoir laisser de la place à ces moments.
16. La dignité
Certaines situations très concrètes peuvent devenir humiliantes :
toilette ;
incontinence ;
perte d’autonomie ;
dépendance physique.
La solidarité doit alors protéger particulièrement l’intimité et la dignité.
Aider quelqu’un donne accès à une partie très vulnérable de sa vie.
Cela exige beaucoup de respect.
17. La confidentialité
Le Cercle peut connaître des choses très personnelles.
Il doit donc être particulièrement prudent.
Tout le Village n’a pas besoin de savoir pourquoi une personne est temporairement moins disponible.
Seules les informations nécessaires au fonctionnement doivent circuler.
La curiosité n’est pas un besoin collectif.
18. Ne pas devenir un bureau des dossiers humains
C’est un risque réel.
Fiches.
Demandes.
Catégories.
Évaluations.
Une certaine organisation sera nécessaire.
Mais la personne ne doit jamais disparaître derrière son dossier.
Le Cercle doit rester capable de rencontrer réellement les gens.
19. La différence entre solidarité et médecine
Une personne malade relève d’abord de ceux qui savent soigner.
Le Cercle s’occupe plutôt des conséquences humaines et organisationnelles.
Qui garde les enfants ?
Qui remplace au travail ?
Qui accompagne ?
Quel logement est nécessaire ?
Comment éviter que la personne reste seule ?
Les fonctions se complètent sans se remplacer.
20. La différence avec les Sages
Certaines difficultés sont principalement relationnelles.
Conflit.
Rupture.
Tension profonde.
Le Cercle des Solidarités peut constater la souffrance.
Mais les Sages peuvent être plus adaptés pour aider à restaurer une relation ou comprendre un conflit.
Il ne faut pas que la Solidarité devienne le lieu où tous les problèmes humains sont absorbés.
21. Les moyens nécessaires
La solidarité n’est pas seulement faite de bonnes intentions.
Elle peut demander :
un logement adapté ;
un fauteuil ;
des vêtements ;
un moyen de transport ;
des produits particuliers ;
du matériel médical ;
du temps humain.
Les Gardiens des Moyens peuvent donc être sollicités.
22. Le temps humain est lui-même un moyen
C’est probablement l’un des moyens les plus rares.
Accompagner quelqu’un pendant trois heures signifie ne pas faire autre chose pendant trois heures.
Il faut donc intégrer cette réalité sans culpabiliser ni celui qui aide ni celui qui reçoit.
La solidarité a un coût.
La communauté doit décider qu’elle accepte ce coût.
23. Quand plusieurs besoins se présentent en même temps
Il peut arriver que les besoins dépassent momentanément les capacités disponibles.
Plusieurs malades.
Des enfants à prendre en charge.
Des personnes âgées dépendantes.
Le Cercle devra alors aider à prioriser.
C’est une situation difficile.
Elle doit être pensée avant de devenir une urgence.
24. La solidarité ne peut pas tout résoudre
Il y aura peut-être des situations dans lesquelles la communauté ne pourra pas offrir tout ce qui serait souhaitable.
Manque de médicaments.
Absence de spécialiste.
Épuisement des aidants.
Il faudra alors être honnête.
La solidarité n’est pas la promesse que toute souffrance pourra être supprimée.
Elle est la promesse de ne pas détourner le regard.
25. L’abus de la solidarité
Il faut aussi envisager ce problème.
Une personne peut exagérer ses difficultés.
Refuser systématiquement toute contribution.
Utiliser l’aide du groupe sans accepter aucune responsabilité possible.
La communauté doit pouvoir le voir.
Mais il faut être extrêmement prudent avant de conclure à l’abus.
Ce qui ressemble à de la paresse peut cacher une souffrance ou une incapacité invisible.
26. Comprendre avant de sanctionner
Le premier mouvement doit donc rester :
comprendre.
Puis essayer d’aider.
Si le problème persiste et que la personne refuse toute participation alors qu’elle en est capable, il faudra l’aborder comme une question de relation à la communauté.
Mais ce n’est pas au Cercle des Solidarités de devenir une police morale.
27. La réciprocité sans comptabilité
Celui qui reçoit aujourd’hui n’a pas contracté une dette.
Il n’existe pas :
« Nous t’avons donné dix heures, tu nous dois dix heures. »
La solidarité ne fonctionne pas comme un échange commercial.
Quelqu’un reçoit lorsqu’il en a besoin.
Il donnera peut-être ailleurs, autrement, beaucoup plus tard.
Ou jamais.
Ce qui compte est la continuité de la communauté, pas l’équilibre exact entre deux individus.
28. Le Cercle des Solidarités entre Villages
La même logique peut exister à une autre échelle.
Un Village peut subir :
une mauvaise récolte ;
un incendie ;
une épidémie ;
une catastrophe.
Les autres Villages peuvent alors aider.
Nourriture.
Personnes.
Moyens.
Hébergement.
Là encore, sans fabriquer une dette bilatérale.
29. Une solidarité qui n’appauvrit pas celui qui aide
Il faut toutefois éviter qu’une aide généreuse mette en danger celui qui la fournit.
Un Village ne peut pas donner toutes ses réserves et devenir lui-même incapable de vivre.
La solidarité doit donc être généreuse mais lucide.
Aider sans créer deux catastrophes au lieu d’une.
30. La préparation
La solidarité peut être préparée.
Logements adaptables.
Moyens pour les personnes à mobilité réduite.
Organisation de relais.
Formation de premiers secours.
Réseaux d’entraide.
Une communauté qui prépare ces choses souffrira moins lorsqu’un événement survient.
31. En période de crise
La solidarité devient encore plus difficile.
Tout le monde peut déjà être fatigué.
Les ressources diminuent.
Les besoins augmentent.
Le risque est alors de commencer à penser :
« Nous ne pouvons garder que les plus utiles. »
C’est précisément à ce moment que les principes humains doivent être les plus solides.
32. Mais le réel peut devenir terrible
Il faut aussi accepter qu’une crise extrême impose parfois des choix tragiques.
Des ressources médicales insuffisantes.
Plusieurs personnes ayant besoin du même moyen.
Le Cercle des Solidarités ne doit pas porter seul de telles décisions.
Elles doivent relever de règles, de compétences médicales et d’une réflexion collective préparée à l’avance autant que possible.
33. La reconstruction
Après une période difficile, certaines personnes resteront marquées.
Blessures.
Handicaps.
Traumatismes.
Familles détruites.
La reconstruction matérielle sera visible.
La reconstruction humaine prendra parfois beaucoup plus longtemps.
Le Cercle des Solidarités y jouera probablement un rôle considérable.
34. Ceux qui aident peuvent eux aussi souffrir
Soignants.
Aidants.
Personnes chargées d’annoncer de mauvaises nouvelles.
Ceux qui accompagnent les morts.
Ils peuvent accumuler une grande fatigue émotionnelle.
La solidarité doit aussi se retourner vers eux.
35. La rotation de la charge
Comme les autres fonctions, celle-ci peut « bouffer la vie » de ceux qui la portent.
Toujours entendre les difficultés.
Toujours aider.
Toujours être disponible.
Cela peut devenir épuisant.
Il faudra donc répartir, transmettre, organiser des relais.
La personne solidaire ne doit pas devenir la personne condamnée à porter toute la souffrance du Village.
36. Les qualités utiles
Écoute.
Discrétion.
Patience.
Absence de jugement rapide.
Capacité à dire non lorsque c’est nécessaire.
Capacité à ne pas décider à la place de la personne.
Sens pratique.
Connaissance du Village.
Stabilité émotionnelle.
Mais aucune de ces qualités ne fait de quelqu’un un être moralement supérieur.
37. Le danger du pouvoir moral
Celui qui aide peut facilement se sentir « meilleur ».
Ou acquérir une influence parce qu’il connaît les fragilités des autres.
Ce serait une dérive très grave.
La solidarité ne donne aucun droit particulier sur la personne aidée.
Aider n’achète ni obéissance ni gratitude éternelle.
38. Le consentement
Dans la plupart des situations, l’aide doit se construire avec la personne.
Pas simplement pour elle.
Elle doit pouvoir dire :
ce qu’elle veut ;
ce qu’elle refuse ;
ce qui lui convient.
Certaines situations d’urgence ou de danger peuvent évidemment nécessiter d’agir malgré une opposition momentanée, mais elles doivent rester exceptionnelles.
39. Les personnes qui ne demandent rien
Certaines personnes ne demanderont jamais d’aide.
Fierté.
Peur.
Habitude.
Honte.
Le Cercle doit donc être capable de voir sans devenir intrusif.
Une proposition peut parfois suffire :
« Si tu as besoin, nous sommes là. »
40. Les proches savent souvent avant les structures
Un voisin.
Un ami.
Un collègue.
Ils peuvent remarquer très tôt qu’une personne va mal.
Le Cercle ne doit donc pas essayer de tout détecter lui-même.
Il doit permettre aux humains du Village de signaler simplement une inquiétude.
41. GAÏA
GAÏA peut aider à détecter certaines situations :
une personne cesse brutalement ses activités ;
les tâches sont régulièrement reprises par d’autres ;
une charge devient incompatible avec ses capacités connues ;
un besoin particulier dure dans le temps.
Mais ici plus qu’ailleurs, la prudence est essentielle.
GAÏA ne doit pas diagnostiquer un être humain.
Il peut signaler :
« Quelque chose a changé. Peut-être faut-il regarder. »
Puis un humain rencontre un humain.
42. Ce que GAÏA ne doit jamais devenir
Un système attribuant un score de fragilité.
Une machine classant les personnes selon leur utilité.
Un dossier social automatisé.
Un dispositif permettant à certains de fouiller dans l’intimité des autres.
La technologie peut aider à ne pas oublier quelqu’un.
Elle ne doit pas définir ce qu’il est.
43. La solidarité invisible
Beaucoup de solidarité ne passera jamais par le Cercle.
Un voisin apporte un repas.
Quelqu’un garde un enfant.
Un ami aide à réparer.
C’est très bien.
Le Cercle ne doit surtout pas institutionnaliser tous les gestes d’entraide.
Son rôle commence principalement lorsque l’aide naturelle ne suffit plus.
44. Une communauté où l’on ose demander
Peut-être qu’un des meilleurs signes de réussite est celui-ci :
une personne peut dire :
« J’ai besoin d’aide. »
sans craindre de perdre sa dignité.
Et une autre peut répondre :
« Cette fois, je ne peux pas t’aider. »
sans être considérée comme égoïste.
Parce que la solidarité appartient à la communauté entière, pas à quelques individus héroïques.
45. Comment savoir si le Cercle fonctionne bien
Il fonctionne lorsque :
les personnes fragiles ne disparaissent pas du regard collectif ;
les aides arrivent avant l’effondrement ;
les aidants ne sont pas abandonnés ;
les situations privées restent respectées ;
les personnes retrouvent de l’autonomie lorsque c’est possible ;
personne n’est réduit à son incapacité ;
et la solidarité quotidienne reste vivante sans devenir une administration.
46. L’idée profonde
Dans une vie entière, chacun passera probablement par des moments où il donnera davantage et d’autres où il recevra davantage.
Enfance.
Maladie.
Parentalité.
Accident.
Vieillesse.
Aucun être humain n’est autonome du premier au dernier jour de sa vie.
Le Cercle des Solidarités ne crée donc pas une exception pour quelques personnes fragiles.
Il reconnaît simplement une réalité commune :
nous avons tous besoin des autres, mais pas toujours au même moment.