Nous essayons de préparer une manière de vivre qui n’existe pas encore.
Elle empruntera probablement quelque chose au monde occidental que nous connaissons, quelque chose aux peuples qui ont appris à vivre dans des environnements très difficiles, comme les Touaregs du Sahara, quelque chose aux communautés autonomes comme les Amish, et beaucoup d’autres choses encore que nous découvrirons en avançant.
Elle utilisera certaines technologies modernes.
Elle en abandonnera d’autres.
Elle retrouvera des gestes anciens.
Elle inventera des solutions nouvelles.
Et surtout, elle devra fonctionner avec beaucoup moins de recours extérieurs.
C’est peut-être cela qui est aujourd’hui le plus difficile à comprendre.
Nous pouvons imaginer une panne d’électricité.
Nous pouvons imaginer ne plus avoir Internet.
Nous pouvons même imaginer ne plus avoir de téléphone.
Mais il est beaucoup plus difficile de penser toutes les conséquences qui viennent ensuite.
Aujourd’hui, une tempête emporte une partie de votre toiture.
Vous prenez votre téléphone.
Vous appelez votre assurance.
Une entreprise intervient.
Elle commande des matériaux.
Un camion les apporte.
Des couvreurs viennent réparer.
Derrière un simple coup de téléphone, des centaines d’organisations, de métiers, de machines et de personnes se sont mises en mouvement sans que vous ayez besoin d’y penser.
Demain, il pourrait ne plus y avoir le téléphone.
Ni l’assurance.
Ni l’entreprise.
Ni le camion.
Ni les tuiles.
Et peut-être personne, à proximité, dont le métier soit de refaire votre toit.
La petite erreur devient alors très différente.
Construire aujourd’hui un toit insuffisamment résistant peut signifier demain ne plus avoir de toit du tout.
Bien sûr, on pourra apprendre à le réparer soi-même.
Mais pendant que l’on répare son toit, on ne cultive pas les légumes que les autres attendaient, on ne soigne pas, on ne répare pas la pompe, on ne fait pas ce que la communauté comptait sur nous pour faire.
Une défaillance en produit une autre.
Puis une autre.
Et une petite erreur faite plusieurs années auparavant peut commencer à produire des conséquences très importantes.
C’est dans ce monde que GAÏA devient utile.
Pas comme un chef.
Pas comme une machine qui décide à la place des humains.
Et certainement pas comme une intelligence qui saurait tout.
GAÏA est une aide.
Une petite aide, peut-être, face à l’immensité de ce qu’il faudra savoir et organiser.
Mais une aide extrêmement puissante.
Elle peut se souvenir de ce que nous oublions.
Elle peut relier des choses que nous regardons séparément.
Elle peut nous dire :
« Cette toiture doit être vérifiée avant l’hiver. »
« Cette pompe n’a qu’une seule personne capable de la réparer. »
« Cette réserve diminue depuis trois mois. »
« Cette tâche n’a pas été faite. »
« Cette connaissance existe dans un autre Village. »
« Vous utilisez ce matériel depuis huit ans ; avez-vous prévu son remplacement ? »
« Si cette personne disparaît, personne ne sait reprendre ce qu’elle fait. »
Elle peut aussi nous rappeler pourquoi certaines décisions avaient été prises plusieurs années auparavant, alors que ceux qui les avaient prises ne sont peut-être plus là.
GAÏA ne supprime pas l’erreur.
Elle aide à empêcher que les petites erreurs silencieuses s’accumulent jusqu’au moment où il devient trop tard pour les corriger.
Dans notre monde actuel, une grande partie de nos erreurs est réparée par une société gigantesque qui nous entoure.
Dans un Village de la Vie, cette société extérieure pourrait ne plus être là.
Il faudra donc apprendre à voir plus tôt.
À transmettre davantage.
À prévoir les conséquences.
À entretenir avant la panne.
À former quelqu’un avant que le spécialiste disparaisse.
À préparer le remplacement avant que l’objet casse.
À comprendre qu’un problème individuel peut devenir un problème collectif.
C’est aussi pour cela que GAÏA ne pourra jamais être seulement une base de données.
Elle devra comprendre les relations entre les choses.
Un humain.
Une tâche.
Une connaissance.
Un outil.
Un stock.
Un processus.
Un autre humain qui sait remplacer le premier.
Et les conséquences possibles lorsque l’un de ces éléments disparaît.
Nous ne lui demanderons pas de vivre à notre place.
Nous lui demanderons de nous aider à ne pas oublier ce dont notre vie dépend.
Car le monde de demain sera peut-être moins confortable, plus local, plus manuel et plus dépendant des autres humains.
Mais il ne doit pas nécessairement être moins intelligent.
Il peut même le devenir davantage.
À condition d’apprendre à regarder les conséquences de nos actes avant qu’elles ne deviennent irréversibles.