1. Pourquoi plusieurs Villages
L’autonomie absolue est une illusion.
Même une communauté très bien préparée dépendra toujours de choses qu’elle ne produit pas elle-même.
Connaissances rares.
Matières particulières.
Compétences médicales.
Machines.
Animaux.
Semences.
Matériaux.
Il serait absurde de demander à chaque Village de cinq cents personnes de tout posséder et de tout maîtriser.
Le réseau existe pour répondre à cette limite.
2. L’autonomie n’est pas l’autarcie
Un Village doit pouvoir traverser une période de rupture importante.
Eau.
Nourriture.
Habitat.
Hygiène.
Soins de base.
Énergie minimale.
Organisation.
Ces capacités essentielles doivent exister localement autant que possible.
Mais cela ne signifie pas que le Village doit produire tout ce qu’il utilise.
L’autonomie consiste à ne pas mourir immédiatement lorsque l’extérieur disparaît.
L’autarcie consisterait à vouloir n’avoir besoin de personne.
Les Villages de la Vie ne cherchent pas l’autarcie.
3. Une autonomie partielle assumée
Nous pouvons imaginer un ordre de grandeur :
une grande part de ce qui est nécessaire est assurée localement ;
une autre part repose sur les échanges entre Villages.
Cette frontière ne sera pas identique partout.
Un Village fertile produira davantage de nourriture.
Un Village proche d’une ressource particulière pourra développer une spécialité.
Un autre possédera une capacité médicale ou technique plus importante.
Le réseau permet cette diversité.
4. La complémentarité
Deux Villages n’ont pas besoin d’être identiques.
Au contraire.
Leur différence peut devenir une richesse commune.
L’un possède ce qui manque à l’autre.
L’autre apporte ce que le premier ne sait pas produire.
Cette complémentarité doit cependant rester suffisamment équilibrée pour qu’aucun Village ne puisse exercer un pouvoir sur les autres simplement parce qu’il détient une ressource essentielle.
5. Ne pas recréer les dépendances actuelles
Notre société actuelle fonctionne grâce à des chaînes extrêmement longues.
Un objet banal peut dépendre de plusieurs continents.
Le réseau des Villages doit chercher une autre échelle.
Des échanges plus proches.
Des capacités plus distribuées.
Des solutions de remplacement.
La spécialisation reste utile.
La dépendance totale devient dangereuse.
6. Les spécialités des Villages
Certaines fonctions dépassent raisonnablement cinq cents habitants.
Un Village ou un petit groupe de Villages peut alors développer une spécialité.
Par exemple :
hôpital ;
université ou centre de recherche ;
lycée spécialisé ;
céréales ;
élevage ;
cuir ;
verre ;
semences ;
atelier mécanique important ;
fabrication de certaines pièces ;
formation particulière.
La liste évoluera avec les besoins.
7. Une spécialité n’efface pas le Village
Un Village doté d’un hôpital reste un Village.
Ses habitants doivent encore :
manger ;
habiter ;
élever leurs enfants ;
entretenir leur eau ;
participer à la communauté.
La spécialité ne transforme donc pas tout le Village en entreprise spécialisée.
Elle constitue une capacité supplémentaire mise au service du réseau.
8. Les routes
Lorsque plusieurs Villages coopèrent, les routes deviennent vitales.
Une capacité distante n’est utile que si elle reste accessible.
Il faut donc penser :
routes ;
ponts ;
moyens de transport ;
animaux de trait ;
véhicules ;
entretien ;
sécurité des déplacements.
Le réseau physique fait partie du réseau humain.
9. La communication
Dans le monde actuel, nous communiquons instantanément.
Ce ne sera peut-être pas toujours possible.
Le réseau devra donc pouvoir fonctionner à plusieurs niveaux :
communication numérique lorsqu’elle existe ;
radio ;
messagers ;
courrier transporté ;
rencontres physiques.
Une organisation qui disparaît avec Internet n’est pas suffisamment robuste.
10. Les distances
Tous les Villages ne pourront pas être proches les uns des autres.
Mais certaines fonctions critiques gagneront à exister dans des ensembles géographiques relativement resserrés.
Une personne gravement malade ne peut pas attendre trois jours de transport jusqu’à l’hôpital.
Le dessin du réseau devra donc aussi prendre en compte la géographie réelle.
11. Les échanges sans monnaie interne
Entre Villages, certaines ressources circuleront.
Mais la relation ne doit pas devenir :
« Je t’ai donné cent kilos, tu me dois cent kilos. »
La réciprocité peut être plus large.
Un Village aide aujourd’hui.
Un autre aidera ailleurs demain.
Le réseau entier doit progressivement porter cette confiance.
12. Pas de comptabilité bilatérale comme fondement
Il faudra naturellement connaître les stocks et les flux.
Savoir ce qui part.
Ce qui arrive.
Ce qui devient rare.
Mais cette connaissance ne doit pas fabriquer une dette morale permanente entre deux Villages.
L’information sert à organiser.
Pas à transformer chaque geste de solidarité en créance.
13. Les limites de la solidarité
Un Village ne peut pas donner ce qui mettrait directement sa propre population en danger.
Aider doit rester compatible avec sa capacité à continuer à vivre.
La solidarité du réseau doit donc être à la fois généreuse et lucide.
14. Lorsqu’un Village traverse une catastrophe
Incendie.
Destruction.
Épidémie.
Mauvaise récolte.
Attaque.
Perte d’une ressource essentielle.
Le réseau peut devenir vital.
Des Villages peuvent fournir :
nourriture ;
matériaux ;
personnes ;
hébergement ;
médecins ;
outils ;
semences.
Un Village isolé peut disparaître.
Un réseau peut absorber une partie du choc.
15. L’accueil
Une catastrophe peut rendre temporairement un Village inhabitable.
Les autres doivent peut-être pouvoir accueillir des centaines de personnes.
Cela demande une préparation.
Lieux temporaires.
Nourriture.
Hygiène.
Organisation.
L’entraide entre Villages ne peut pas reposer uniquement sur l’improvisation.
16. Les grands projets
Certaines réalisations demandent beaucoup plus de moyens qu’un Village ne peut en consacrer.
Hôpital.
Centre de recherche.
Infrastructure importante.
Atelier industriel.
Grand système de transport.
Ces projets deviennent possibles lorsque plusieurs Villages acceptent d’y consacrer une partie de leurs ressources.
17. Le problème des grands projets
Un projet commun peut très vite engloutir :
temps ;
matières ;
personnes ;
énergie.
Il faut donc toujours demander :
Est-il réellement nécessaire ?
Qui en bénéficiera ?
Quel sera son entretien ?
Avons-nous les moyens de le faire durer ?
Le prestige ne doit jamais devenir une raison suffisante.
18. Pas de capitale
Le réseau n’a pas besoin d’une capitale qui décide de tout.
Un centre permanent attirerait naturellement :
l’information ;
les ressources ;
les personnes influentes ;
le pouvoir.
Il faut donc penser une structure aussi distribuée que possible.
19. Pas de gouvernement central
Les fonctions communes ne doivent pas produire progressivement :
un parlement supérieur ;
un exécutif central ;
une administration qui gouverne les Villages.
Leur mandat doit rester attaché à des besoins précis.
Solidarité.
Moyens.
Projets.
Connaissance.
Relations.
Lorsque la fonction n’est plus nécessaire, son pouvoir ne doit pas survivre simplement parce qu’une structure existe.
20. Les décisions communes
Certaines décisions concerneront pourtant plusieurs Villages.
Une route.
Un hôpital.
Une ressource partagée.
Il faudra donc des mécanismes de décision.
Mais la bonne question sera toujours :
Qui est réellement concerné ?
Tous les Villages du réseau n’ont pas nécessairement à décider de chaque question locale.
21. Décider au plus près
Le même principe que dans un Village peut s’appliquer au réseau.
Une décision doit rester au niveau le plus proche capable de la prendre correctement.
Deux Villages peuvent régler une question entre eux.
Dix Villages peuvent porter un projet régional.
Tout le réseau n’intervient que lorsque cela devient réellement nécessaire.
22. Les ensembles régionaux
Il existera probablement naturellement des groupes de Villages proches.
Même climat.
Même ressources.
Même routes.
Même hôpital.
Même risques.
Ces ensembles pourront coopérer davantage sur certaines fonctions.
Sans devenir nécessairement une nouvelle couche politique permanente.
23. La diversité des Villages
Tous les Villages n’évolueront pas de la même façon.
Certains seront très techniques.
D’autres plus agricoles.
Certaines populations auront des cultures différentes.
Des langues différentes.
Des habitudes différentes.
Le réseau doit protéger cette diversité.
L’unité ne doit pas signifier uniformité.
24. Ce qui doit être commun
Il faudra néanmoins des principes communs suffisamment solides.
Respect de la vie.
Solidarité.
Absence de domination par la richesse.
Protection de certaines libertés.
Transmission des connaissances.
Refus de certaines violences.
Autrement, l’expression « Villages de la Vie » ne désignerait plus réellement quelque chose de commun.
25. La question de l’appartenance
Quand un Village devient-il réellement un Village de la Vie ?
Au commencement d’un projet ?
Après une période d’observation ?
Lorsque certaines conditions sont réunies ?
Cette question devra être traitée.
Le nom ne peut probablement pas être une simple étiquette que chacun s’attribue sans aucun lien avec les principes.
26. Mais éviter la certification bureaucratique
L’excès inverse serait de créer une administration centrale accordant ou retirant le label.
Il faudra chercher un mécanisme permettant de reconnaître une réalité sans fabriquer une autorité propriétaire du concept.
C’est une question encore ouverte.
27. Les Villages-filles
Un Village mature peut aider à en faire naître un autre.
Personnes.
Connaissances.
Moyens.
Initiatrice.
Expérience.
Cette capacité peut permettre au réseau de croître organiquement.
28. Ne pas fabriquer des colonies
Un Village-fille ne doit pas devenir la propriété ou la dépendance de celui qui l’a aidé à naître.
La filiation crée une histoire.
Pas un droit de gouvernement.
Le nouveau Village doit progressivement devenir pleinement lui-même.
29. La connaissance commune
Une expérience réussie dans un Village peut devenir utile partout.
Le réseau doit donc permettre de faire circuler rapidement :
les découvertes ;
les erreurs ;
les méthodes ;
les plans ;
les recherches.
La connaissance devient l’un des premiers biens réellement communs.
30. Les erreurs communes
Une erreur reproduite dans cinquante Villages peut être catastrophique.
Lorsqu’un problème est découvert dans un lieu, les autres doivent pouvoir être avertis.
C’est une fonction essentielle de GAÏA et des Gardiens de la Connaissance.
31. GAÏA et le réseau
GAÏA peut aider à comprendre :
quels Villages possèdent telle compétence ;
où se trouve tel moyen ;
quelle capacité médicale est disponible ;
où existe une pièce rare ;
quelles routes fonctionnent ;
quel Village peut aider un autre.
Il devient une sorte de mémoire et de carte vivante des capacités du réseau.
32. GAÏA ne commande toujours pas
Même à cette échelle, GAÏA n’est pas un gouvernement.
Il peut dire :
« Trois Villages possèdent cette capacité. »
« Cette ressource devient rare dans cette région. »
« Ce projet mobiliserait telle quantité de moyens. »
Il informe.
Les humains décident.
33. Le risque du centre qui sait tout
Celui qui possède toute l’information peut finir par posséder du pouvoir.
Il faudra donc éviter qu’une petite structure centrale devienne la seule capable de comprendre le réseau.
La connaissance doit être distribuée autant que possible.
34. Les moyens communs
Certaines ressources pourront être trop rares ou trop importantes pour appartenir à chaque Village.
Machines particulières.
Moyens de transport importants.
Équipements médicaux.
Ateliers.
Le réseau peut alors les porter en commun.
Cela exige des règles d’usage très claires.
35. Qui entretient ce qui appartient à tous ?
C’est l’un des problèmes classiques du commun.
Si tout le monde utilise et personne n’est clairement responsable, le moyen se dégrade.
Il faudra donc toujours attacher un commun à une responsabilité précise d’entretien.
36. Les personnes spécialisées
Une grande capacité médicale ou technique nécessitera parfois des personnes travaillant principalement pour plusieurs Villages.
Elles ne doivent pas pour autant former une caste.
Leur compétence donne une responsabilité.
Pas une valeur humaine supérieure.
37. La circulation des personnes
Une personne peut aller temporairement dans un autre Village :
former ;
soigner ;
réparer ;
construire ;
aider.
Le réseau devient alors une réserve de compétences beaucoup plus importante que chaque communauté isolée.
38. Mais protéger les Villages qui envoient leurs compétences
Un Village qui envoie constamment ses meilleurs spécialistes ailleurs peut lui-même devenir fragile.
L’entraide doit donc tenir compte de cette réalité.
On ne peut pas résoudre un manque en créant le même manque ailleurs.
39. Les grands besoins humains
Certains services gagnent énormément à être mutualisés.
Médecine spécialisée.
Enseignement supérieur.
Recherche.
Formation technique rare.
Les enfants et les adultes pourront donc parfois circuler pour apprendre ou se soigner.
40. Le lycée et l’université
Tous les Villages n’auront pas besoin d’un établissement complet.
Un centre commun peut réunir :
enseignants ;
laboratoires ;
livres ;
ateliers ;
élèves.
Puis renvoyer cette connaissance vers les Villages.
L’enseignement devient lui aussi une capacité du réseau.
41. L’hôpital
L’hôpital est peut-être l’exemple le plus évident.
Certaines opérations demandent :
des spécialistes ;
du matériel ;
des conditions d’hygiène ;
des équipes disponibles.
Il serait irréaliste de les reproduire cinq cents fois.
Un hôpital peut servir un ensemble de Villages tout en laissant des soins de proximité dans chacun.
42. Les productions particulières
Céréales.
Cuir.
Verre.
Élevage.
Certaines activités exigent :
beaucoup de surface ;
des savoir-faire rares ;
des installations importantes.
La spécialisation permet de les rendre plus efficaces.
Mais il faut conserver des solutions minimales ailleurs lorsque la dépendance pourrait devenir vitale.
43. Les échanges avec l’extérieur
Tant que la société actuelle fonctionne, les Villages doivent continuer à échanger avec elle.
Acheter.
Vendre éventuellement.
Apprendre.
Faire venir des spécialistes.
Obtenir des matériaux.
Le réseau doit profiter de ce monde tant qu’il existe, sans devenir incapable de vivre si ce monde cesse de fonctionner.
44. La transition
Les Villages ne naîtront pas immédiatement dans un monde détruit.
Ils se construiront probablement pendant une longue période de transition.
C’est une chance immense.
Nous pouvons encore :
acheter des machines ;
imprimer des livres ;
former des personnes ;
construire des bâtiments ;
capter des connaissances ;
créer des relations.
La préparation utilise le monde présent pour rendre le futur moins fragile.
45. Après une rupture importante
Le réseau peut changer profondément.
Les échanges deviennent plus locaux.
Les routes prennent davantage d’importance.
Certaines technologies disparaissent.
D’autres subsistent.
Les capacités des Villages évoluent.
Le réseau doit pouvoir s’adapter sans dépendre d’un modèle figé conçu quinze ans auparavant.
46. La reconstruction
À plus long terme, plusieurs Villages reliés peuvent progressivement recréer des choses qu’un Village seul ne pourrait jamais reconstruire.
Fabrication.
Recherche.
Enseignement supérieur.
Médecine complexe.
Transports.
Peut-être progressivement certaines formes d’industrie.
C’est ici que le réseau devient beaucoup plus qu’un dispositif de survie.
47. Refaire société
Une civilisation n’est pas seulement un ensemble de personnes qui mangent et dorment.
Elle contient :
connaissances ;
arts ;
recherche ;
soins ;
échanges ;
éducation ;
grands projets ;
rencontres entre communautés.
Le réseau permet de retrouver progressivement cette profondeur.
48. Sans refaire exactement le monde d’avant
La reconstruction ne doit pas nécessairement chercher à recréer à l’identique la société actuelle.
Certaines choses devront probablement être conservées.
D’autres abandonnées.
D’autres inventées.
Le réseau donne l’échelle à laquelle ces choix peuvent devenir possibles.
49. Les fonctions communes
Pour faire vivre cet ensemble, certaines fonctions commencent à apparaître.
Une origine et une mémoire : le Fondateur et le Cercle des Fondateurs.
Une capacité d’entraide : le Cercle des Solidarités.
Une capacité matérielle commune : le Cercle des Moyens.
Une capacité de réalisation collective : le Cercle des Projets.
Et autour de cet ensemble, des femmes et des hommes du monde capables d’apporter des choses exceptionnelles : les Compagnons de la Vie.
Ce sont les prochains croissants de notre second gâteau.
50. L’idée profonde
Un Village de la Vie essaie de répondre à une question :
Comment cinq cents personnes peuvent-elles continuer à vivre ?
Les Villages de la Vie répondent à une question plus grande :
Comment ces communautés peuvent-elles, ensemble, conserver suffisamment de capacités humaines pour qu’après la survie il soit encore possible de construire un avenir ?
Un Village protège la vie.
Plusieurs Villages reliés peuvent protéger beaucoup davantage :
la possibilité de refaire société.