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Le Cercle des Fondateurs

Le Cercle des Fondateurs

Étude · 13 min de lecture

1. Pourquoi un Cercle des Fondateurs

Une idée portée par un seul être humain est fragile.

Elle dépend de ses connaissances.

De ses intuitions.

Mais aussi de ses erreurs et de ses angles morts.

Très vite, d’autres personnes doivent pouvoir entrer dans la conception.

Comprendre.

Questionner.

Apporter.

Corriger.

Construire.

Le Cercle des Fondateurs apparaît ainsi progressivement autour de l’origine.


2. Qui sont les Fondateurs

Il ne faut probablement pas chercher une définition administrative compliquée.

Les Fondateurs sont les personnes qui ont réellement participé autour du Fondateur à la naissance et aux premières constructions des Villages de la Vie.

Elles ont fait partie de cette période où presque tout restait encore à inventer.

Leur contribution peut avoir été très différente.

Technique.

Humaine.

Scientifique.

Matérielle.

Organisationnelle.

Financière.

Intellectuelle.

Ce qui compte est leur participation réelle à la fondation.


3. Ce n’est pas une récompense

On ne devient pas Fondateur pour remercier quelqu’un.

Ce n’est pas une médaille.

Ce n’est pas non plus une distinction sociale.

Le mot décrit une réalité historique.

Cette personne a participé à la fondation.

Voilà tout.


4. On ne candidate pas vraiment pour devenir Fondateur

Une fonction ordinaire peut avoir de nouveaux membres.

Le Cercle des Fondateurs est différent.

Il appartient à une période déterminée de l’histoire.

À un moment, la fondation se termine.

Après, les nouvelles personnes peuvent devenir essentielles au projet sans devenir pour autant des Fondateurs.

Cela évite que le titre se transforme en statut recherché.


5. La fondation doit avoir une fin

C’est important.

Si, cinquante ans après, on continue à nommer de nouveaux Fondateurs, le mot ne signifie plus rien.

Une période de fondation existe.

Puis vient une période où l’ensemble fonctionne et évolue.

Il faudra probablement reconnaître un jour ce passage.


6. Une histoire collective

Le premier Fondateur peut avoir lancé la conception.

Mais une œuvre aussi complexe est nécessairement transformée par ceux qui l’accompagnent.

Quelqu’un découvre un problème.

Un autre construit une solution.

Un autre explique pourquoi une idée ne fonctionnera pas.

Cette contribution doit faire partie de l’histoire.


7. Éviter le récit de l’homme seul

Avec le temps, l’histoire simplifie.

« Didier a créé les Villages de la Vie. »

Cette phrase pourra être historiquement compréhensible.

Mais elle deviendrait fausse si elle faisait disparaître tous ceux qui ont construit autour de lui.

Le Cercle des Fondateurs empêche cette simplification.


8. Ce que les Fondateurs savent

Ils possèdent une mémoire particulière.

Ils savent souvent :

quels problèmes existaient au commencement ;

quelles solutions ont été abandonnées ;

quels débats ont été difficiles ;

quelles intuitions ont changé le projet ;

pourquoi certaines limites ont été posées.

Cette mémoire est précieuse.


9. Mais ils ne savent pas tout

Avoir participé à l’origine ne donne aucune connaissance particulière du futur.

Un jeune né trente ans plus tard pourra comprendre certaines réalités beaucoup mieux qu’eux.

Le Cercle doit donc rester extrêmement prudent devant la tentation de dire :

« Nous savons ce que voulait vraiment le projet. »


10. L’esprit et la lettre

Les Fondateurs peuvent aider à expliquer l’intention derrière certaines structures.

Par exemple :

pourquoi éviter la concentration du pouvoir ;

pourquoi protéger la solidarité ;

pourquoi la connaissance est fondamentale.

Mais l’intention ne doit pas devenir un prétexte pour figer les mécanismes.

On peut préserver un principe en changeant complètement la manière de le mettre en œuvre.


11. Le Cercle n’est pas un conseil supérieur

Il ne doit pas pouvoir annuler les décisions des Villages simplement parce qu’il est composé de Fondateurs.

Il ne donne pas d’ordres aux Initiatrices.

Il n’est pas situé au-dessus des autres fonctions du réseau.

Son origine historique ne crée pas une souveraineté.


12. Pas de droit de veto éternel

Ce serait particulièrement dangereux.

Une génération fondatrice ne peut pas se réserver éternellement le droit d’empêcher les générations suivantes de modifier ce qu’elle a construit.

Sinon, elle ne transmet pas.

Elle conserve.


13. La protection des principes fondamentaux

La difficulté apparaît néanmoins ici.

Que faire si les générations suivantes détruisent précisément ce qui faisait le sens du projet ?

Cette question mérite une architecture particulière.

Mais la réponse ne peut probablement pas être :

« Les Fondateurs décideront toujours. »

Ils finiront par disparaître.

Les principes doivent donc être protégés par le système lui-même, pas par l’existence éternelle de personnes particulières.


14. Leur première responsabilité : documenter

Ce qu’ils savent doit sortir progressivement de leurs têtes.

Décisions.

Raisons.

Échecs.

Expériences.

Conflits importants.

Évolutions.

La mémoire de fondation doit devenir accessible.


15. Les désaccords doivent également être conservés

Tous les Fondateurs n’auront pas toujours été d’accord.

C’est précieux.

Il faut éviter de réécrire plus tard une histoire dans laquelle tout le monde aurait pensé la même chose.

Un ancien désaccord peut expliquer pourquoi une solution a été choisie.


16. Le droit de dire « nous ne savions pas »

Cette phrase est essentielle.

Les Fondateurs doivent pouvoir transmettre leurs incertitudes.

« Nous avons fait ce choix parce qu’il nous semblait le meilleur. »

Ce n’est pas la même chose que :

« Nous avons trouvé la vérité. »


17. L’erreur fondatrice

Il est possible qu’une idée importante soit mauvaise dès l’origine.

La génération suivante devra pouvoir la corriger.

Le prestige de la fondation ne doit jamais protéger une erreur contre la réalité.


18. Le Fondateur au sein du Cercle

Le Fondateur initial y garde naturellement une place particulière.

Mais le Cercle ne doit pas devenir une extension de sa volonté.

Son utilité augmente justement lorsque ses membres sont capables de lui dire :

« Non, là nous pensons que tu te trompes. »


19. La contradiction loyale

C’est probablement l’un des plus grands services qu’un Fondateur puisse recevoir.

Quelqu’un qui comprend profondément son projet et qui accepte pourtant de le contredire.

Cette contradiction ne détruit pas la fidélité.

Elle peut la rendre plus profonde.


20. Éviter la cour

Tous les projets portés par une personnalité forte courent ce risque.

Les proches commencent par aider.

Puis certains apprennent qu’il est plus confortable de donner raison.

Peu à peu, on protège la personne plutôt que l’œuvre.

Le Cercle doit constamment se défendre contre cette dérive.


21. Pas de privilèges

Être Fondateur ne doit pas donner :

un meilleur logement ;

davantage de ressources ;

un accès prioritaire aux moyens ;

un traitement particulier ;

un droit supérieur de décision.

La reconnaissance peut être immense.

Elle n’a pas besoin de produire un avantage matériel.


22. La reconnaissance

Il serait artificiel, à l’inverse, de faire comme si tout le monde avait exactement la même histoire.

Une personne peut avoir consacré trente années de sa vie à construire ce qui permet ensuite à des milliers d’autres de vivre.

Le reconnaître est normal.

La difficulté consiste toujours à distinguer :

reconnaissance et pouvoir.


23. Le respect naturel

Comme pour l’Initiatrice ou le Fondateur, un pouvoir informel apparaîtra probablement.

Une jeune personne peut hésiter à contredire quelqu’un dont elle sait qu’il a participé à la naissance du projet.

Le Fondateur doit en être conscient.

Le Cercle aussi.


24. Savoir parfois ne pas parler

Lorsqu’un Ancien Fondateur intervient en premier, il peut orienter toute une discussion.

Il devra parfois apprendre à écouter avant de donner son avis.

Ce retrait volontaire peut devenir une forme de responsabilité.


25. La mémoire des premiers Villages

Les Fondateurs connaîtront aussi l’histoire des premières Initiatrices et des premières Fermes.

Les premiers essais produiront une expérience exceptionnelle.

Il faut la capter.

Pas pour imposer ensuite un modèle unique.

Pour transmettre les apprentissages.


26. Le rapport aux Initiatrices

Une Initiatrice doit pouvoir interroger le Cercle sur l’histoire ou l’intention d’une fonction.

Mais elle ne doit pas se sentir placée sous son autorité.

Le terrain garde sa réalité.

Le Cercle apporte une mémoire.


27. Le rapport aux Villages

Les Fondateurs peuvent visiter.

Écouter.

Expliquer.

Aider.

Mais la venue d’un Fondateur ne doit pas devenir l’arrivée d’un inspecteur supérieur.

Un Village n’est pas une succursale.


28. Apprendre des Villages

La circulation doit fonctionner dans l’autre sens.

Les Villages apporteront au Cercle une masse d’expérience que les Fondateurs n’avaient jamais imaginée.

La fondation doit continuer à apprendre de ce qu’elle a rendu possible.


29. Les fonctions nouvelles

Des besoins apparaîtront qui n’existent pas aujourd’hui.

Le Cercle ne doit pas dire :

« Cela n’était pas dans la conception initiale. »

Comme si cela suffisait pour le refuser.

Une conception vivante doit produire de nouvelles fonctions lorsque le réel les exige.


30. La relation avec GAÏA

GAÏA peut conserver énormément de la mémoire fondatrice.

Textes.

Décisions.

Versions.

Raisons.

Expériences.

Mais il faut éviter qu’il donne automatiquement plus de poids aux idées anciennes simplement parce qu’elles sont historiques.

L’ancienneté n’est pas une preuve de vérité.


31. Le pourquoi plutôt que l’ordre

Si GAÏA conserve :

« Il faut faire X »,

les générations suivantes risquent d’appliquer sans comprendre.

S’il conserve :

« Nous avions choisi X parce que nous voulions protéger Y et que nous avions observé Z »,

elles pourront réfléchir.

Cette différence est fondamentale.


32. La filiation sans dépendance

Le réseau doit pouvoir connaître ses origines.

Un Village peut savoir de quel autre Village il est né.

Une Initiatrice peut connaître ceux qui l’ont accompagnée.

Cette filiation est belle.

Elle ne doit pas créer de dépendance politique.


33. Les générations successives de bâtisseurs du projet

Après les Fondateurs viendront d’autres personnes extraordinaires.

Elles pourront transformer profondément les Villages de la Vie.

Elles ne seront pas moins importantes parce qu’elles ne portent pas le mot « Fondateur ».

Le prestige du commencement ne doit pas diminuer la valeur de ceux qui construiront la suite.


34. Ne pas fabriquer une aristocratie historique

C’est probablement le danger le plus évident du mot lui-même.

Les descendants des Fondateurs n’héritent d’aucun statut.

Les proches non plus.

Il n’existe aucune famille fondatrice dotée de droits.

La fondation appartient à ceux qui l’ont réellement vécue.

Elle n’est pas transmissible par le sang.


35. Pas de descendance politique

Le fils ou la fille d’un Fondateur peut évidemment participer au projet.

Comme n’importe quelle autre personne.

Mais aucune fonction ne lui revient parce que son parent la possédait.

Cette règle implicite doit être très forte.


36. Leur vieillissement

Le Cercle vieillira naturellement.

Au début, il pourra être très actif.

Puis ses membres auront moins d’énergie.

Certaines compétences se déplaceront ailleurs.

Il ne faut pas chercher artificiellement à maintenir le Cercle au centre.

Sa diminution progressive est normale.


37. La disparition du Cercle

Un jour, il ne restera plus aucun Fondateur vivant.

Cela ne doit provoquer aucune crise institutionnelle.

Le Cercle aura alors simplement cessé d’exister comme groupe humain vivant.

Il continuera d’exister dans l’histoire et dans la mémoire.


38. Ne pas le recréer

Il ne faut probablement jamais créer un « nouveau Cercle des Fondateurs ».

Les personnes des générations suivantes auront leurs propres fonctions.

Sinon, nous transformerions progressivement une origine historique en institution permanente.


39. Du Cercle des Fondateurs au Cercle des Anciens

Avec le temps, certains Fondateurs pourront naturellement devenir des Anciens.

Leur expérience pourra continuer à être utile.

Mais la nature de leur rôle change.

Ils transmettent davantage qu’ils ne fondent.


40. Les archives de fondation

Il faudra probablement conserver une mémoire spécifique de cette période.

Les premiers textes.

Les premières images.

Les premiers films.

Les premiers Villages.

Les discussions importantes.

Pas pour fabriquer un musée autour des Fondateurs.

Pour comprendre comment l’ensemble s’est construit.


41. Les erreurs doivent y avoir leur place

Une archive uniquement glorieuse serait dangereuse.

Il faudra conserver :

les idées abandonnées ;

les mauvaises décisions ;

les conflits ;

les illusions.

Ces éléments seront peut-être parmi les plus utiles pour ceux qui étudieront plus tard la construction du réseau.


42. La mort d’un Fondateur

Elle peut avoir une charge émotionnelle très forte.

Le groupe doit pouvoir honorer la personne.

Se souvenir.

Mais le système doit continuer normalement.

La mort de quelqu’un ne doit jamais produire une vacance de pouvoir si cette personne ne détenait justement pas un pouvoir institutionnel.


43. Les cérémonies et symboles

Il pourra exister des moments de reconnaissance.

Ils peuvent être beaux.

Mais il faudra toujours surveiller la frontière entre mémoire et culte.

Un symbole destiné à remercier peut progressivement produire une autorité sacrée.

Les Villages devront rester attentifs à cela.


44. La fidélité au projet

Être fidèle aux Fondateurs ne signifie pas reproduire leurs décisions.

Cela peut signifier beaucoup plus profondément :

continuer à poser les questions qu’ils essayaient de résoudre.

Protéger la vie.

Éviter la domination.

Préserver la connaissance.

Construire la solidarité.

Et trouver de meilleures réponses lorsqu’elles existent.


45. Leurs relations avec les Compagnons de la Vie

Les premiers Compagnons pourront naturellement être approchés par les Fondateurs.

Des relations personnelles se créeront.

Mais ces relations doivent progressivement appartenir au réseau.

Un Compagnon ne doit pas disparaître du projet parce que le Fondateur avec lequel il avait une relation n’est plus là.


46. La transmission des relations

C’est aussi une connaissance.

Qui connaît qui ?

Pourquoi cette confiance existe-t-elle ?

Quelle promesse morale a été faite ?

Une relation importante doit pouvoir survivre au changement des personnes sans devenir une relation administrative froide.


47. Le Cercle ne doit pas tout transmettre

Chaque génération a aussi besoin d’espace.

Si les Fondateurs expliquent en permanence comment tout doit être compris, ils empêchent les suivants de faire leur propre expérience.

La transmission doit donc également savoir s’arrêter.


48. Savoir devenir une histoire

C’est peut-être la partie la plus difficile.

Accepter qu’un jour des jeunes parlent des Fondateurs au passé.

Qu’ils connaissent mal certains noms.

Qu’ils aient d’autres préoccupations.

Ce n’est pas un oubli injuste.

C’est le signe que la vie a continué.


49. Comment savoir si le Cercle a réussi

Il a réussi lorsque :

l’origine n’est pas réduite à un seul homme ;

les raisons essentielles ont été transmises ;

les erreurs sont connues ;

les Fondateurs peuvent être contredits ;

aucun privilège ne s’est installé ;

les Villages fonctionnent sans leur permission ;

les générations suivantes peuvent transformer l’œuvre ;

et la disparition du dernier Fondateur ne change rien à la capacité des Villages de continuer.


50. L’idée profonde

Les Fondateurs occupent une place étrange.

Ils ont participé à quelque chose qui n’existait pas encore.

Ils ont donc une histoire que personne d’autre ne pourra reproduire.

Mais précisément parce qu’ils ont fondé quelque chose destiné à durer, leur réussite ne peut pas être de rester éternellement indispensables.

Leur tâche est de remettre progressivement ce qu’ils ont construit entre les mains de ceux qui n’étaient pas là au commencement.

Et un jour, de pouvoir leur dire :

« Nous avons commencé. À vous de continuer. »